Veste à carreaux, coiffé d’un bonnet « mustacchien » chevelure et barbe hirsutes, fagoté de fringues improbables, breloques de pacotille aux doigts, chaussettes bigarrées dépareillées, Emile Mustacchi est une figure éminente de Perpignan, du pays catalan. Il intrigue, interpelle, dérange parfois, sans jamais laisser indifférent. Nombreux sont ceux qui s’obstinent à lisser leurs apparences pour coller aux codes de conformité. Inclassable, mais Emile, lui, la fuit pour cultiver son look déjanté, décalé, farfelu voire atypique. N’est-ce pas le propre des génies d’être à contre courant de leur époque ?

Quelle personne se cache derrière ce look farfelu ?

Emile n’est pas seulement une apparence. Sous ces traits se cache un immense artiste au talent peu reconnu. « Je suis un épicurien carpe Diem, c’est ma religion ! J’en suis le seul prêtre» déclare solennel Emile, Mimile pour les intimes. Grand admirateur de Dali, Rembrandt et Rubens, il s’est spécialisé dans l’art du portrait et de la caricature. « Vivre de mes dessins est difficile. Je ne sais pas faire autre chose. Je ne suis pas argenté, suis souvent dans la panade donc privé de toutes les bonnes choses de la vie. Quand on n’a pas d’argent, on est marginalisé, condamné à la solitude » déplore-t-il. Qui soupçonnerait derrière ces apparences fantasques, une telle sensibilité ? Emile Mustacchi est un délicieux personnage attachant, son regard clair révèle une extrême gentillesse. Pourtant, pour nombre de braves gens, il inspire crainte, méfiance voire mépris ! D’ailleurs sur le ton de la confidence, ne regrette-t-il pas : « La Ville de Perpignan se fiche éperdument de moi, comme si je n’existais pas ! ». Nombreux sont ceux qui ont profité de sa bonté de sa naturelle candeur : « Je me suis fait plusieurs fois arnaquer par des personnes d’ici qui ont pignon sur rue. Grâce à elles (elles se reconnaîtront) je me suis retrouvé sans le sou ». Emile Mustacchi continue donc son art, touchant une toute petite pension d’invalidité. Ses revenus ne lui permettent plus d’acheter de la peinture alors il se contente de dessiner à la sanguine. Quel gâchis !

Emile portraitiste officiel de la famille royale de Belgique

« Je suis né sur la Planète Mars ! » se plait-il à plaisanter. Fils d’une famille modeste, son père était maçon, rien ne le prédestinait à la peinture. « Je suis né le 3 Septembre 1944 à Palerme en Sicile, fief de la mafia ! » insiste-t-il. « J’ai quitté l’Italie avec ma famille, (je n’avais que 3 ans), pour gagner la Belgique où mon père travaillait à la mine. Quelques années plus tard, je suivais ma famille au Maroc où nous avons vécu de nombreuses années. » Gamin, Emile dessine des heures durant. Puis, à l’âge de 14 ans, une dame lui offre un coffret de peinture, ce détail produit son destin. Dès lors il s’initie seul à la peinture, copie les grands maîtres de la peinture. Cet artiste autodidacte n’a jamais fréquenté les Beaux-Arts ni la moindre école de peinture. Son talent inné est un don qu’il cultivera. Les années passent, il regagne Bruxelles. Bientôt, son immense talent artistique lui vaut d’être présenté à la famille royale. La princesse Paola lui commande les portraits de ses enfants. Sa réputation est faite ! Il est devenu célèbre. L’aristocratie belge se l’arrache. Son destin semblait alors tout tracé, mais plus tard, après une déconvenue il est forcé de rejoindre ses parents installés à Aubagne. Puis la famille s’installe il y a une trentaine d’années à Perpignan dans le quartier du Haut Vernet. Emile semble marqué par son enfance, par cette mère, pas démonstrative pour un sou, peu aimante à son égard qui ne lui démontrait aucuns signes de tendresse. Il affectionne les rondeurs voluptueuses féminines… n’est-ce pas là un écho à cette frustration d’amour maternel ?

En ces temps où tout est normalisé, formaté, cette figure emblématique de Perpignan, ce personnage haut en couleurs apporte une note de fraîcheur voire de désinvolture à ceux qui prennent le temps de le rencontrer !